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Danemark - Âge Viking vs Âge du Fer, qui a fait les meilleures épées?

Un guerrier du VIIème siècle aurait-il seulement eu une chance face à un guerrier viking du Xème siècle? La forme des épées n'était pas le seul élément permettant de les différencier. La qualité du fer utilisé et les procédés de fabrication ont été déterminants. 

Il était une fois, au VIIème siècle, un homme aisé qui, à sa mort, fut enterré selon les traditions. La famille transporta son cadavre jusqu'à la tombe, ils creusèrent un trou dans le sol et le couchèrent sur le dos, les bras étendus le long de ses flancs, vêtu des habits qu'il portait au moment où il a rendu son dernier souffle. 

Dans la tombe, se trouvaient son chien, son couteau et son épée. Le chien reposait à ses pieds, le couteau à sa ceinture et la longue épée à un seul tranchant sur son côté gauche. La lame de l'épée faisait presque 1m de long et un 1/2cm d'épaisseur. Elle était à la fois robuste et lourde.

Une telle épée était clairement une arme de premier ordre à la fin de l'Âge du Fer, une époque où le statut d'un homme se mesurait à l'once des biens funéraires avec lesquels il était enterré.

Cent ans plus tard, l'épée à double tranchant qui fut utilisée pour la dernière fois à l'Âge du Fer romain nordique, a commencé à faire de nouveau son apparition au début de l'Âge Viking.

Aujourd'hui, la façon dont à la fois l'épée à un seul tranchant de l'Âge du Fer et l'épée à double tranchant des Vikings ont été forgées, est bien connue. Mais étaient-elles toutes deux aussi efficaces qu'impressionnantes?

 

Avec suffisamment de carbone, le fer devient de l'acier

Reconstitution d'une forge de l'Âge VIking à Ribe, Danemark - Photo: Joëlle DelacroixÀ la fin de l'Âge du Fer et à l'Âge Viking, le fer n'était pas juste du fer, mais un matériau avec de nombreuses propriétés. Chimiquement, il était plutôt pur et ne contenait que quelques impuretés (moins de 1%), principalement du phosphore et du carbone.

Les forgerons savaient en tirer le meilleur parti: le fer pur était souple et soudé à basse température, le fer chargé en phosphore pouvait être gravé jusqu'à obtenir une belle couleur argentée et le fer allié au carbone (acier) pouvait être trempé.

Les forgerons vikings au Danemark travaillaient avec du fer contenant environ 0,8% de carbone, et lorsqu'il était durci, il possédait la dureté de l'acier moderne. La différence entre le fer et l'acier réside dans la quantité de carbone: le fer contenant plus de 0,35% de carbone devient de l'acier.

 


Mille ans de savoir-faire

Contrairement au fer moderne, tout le fer produit autrefois contenait des laitiers, c'est-à-dire des scories créées au cours du processus de fabrication. Les anciens procédés d'extraction du fer n'étaient pas particulièrement efficaces et n'atteignaient jamais vraiment la température à laquelle le fer et les scories se séparent entièrement.

Les minuscules particules de scories étaient piégées à l'intérieur du fer pendant le processus de réduction, et se retrouvaient ainsi dans le minerai de fer, puis dans les morceaux de fer et enfin l'épée elle-même.

Travailler avec ce matériau nécessitait donc une grande expérience, car les laitiers remontaient graduellement à la surface à chaque coup de marteau du forgeron. Si cela se produisait au cours d'une étape critique du processus de fabrication, cela pouvait avoir un effet dévastateur sur la qualité de l'épée, tout en altérant son apparence.

Mais les forgerons du VIIème siècle étaient très talentueux, tirant parti de plus de 1000 ans d'expérience dans le travail de ce fer qui regorgeait de scories.

 

Etudier l'intérieur d'une épée

Si la coupe transversale d'une lame d'épée est examinée au microscope, le nombre de morceaux de fer utilisés pour la produire apparaît très nettement. La façon dont ces morceaux étaient soudés ensemble et la qualité du fer utilisé pour chacun d'entre eux peuvent également être observées. Il en va de même pour le nombre et la forme des particules de scories contenues dans le fer.

Des expériences menées au Centre de Recherches historiques et archéologiques de Land of Legends, au Danemark, ont montré comment la quantité de scories ainsi que leurs formes diffèrent selon les types de fer. Les laitiers dans le fer qui vient d'être retiré du fourneau sont plus ronds et en quantité, tandis que le fer qui a été forgé plus longtemps en contient moins et de forme plus applatie.

En outre, le microscope permet de relever la quantité de phosphore et de carbone, comme de se faire une idée du temps passé à forger ensemble les différents morceaux de fer. Cela indique aussi le degré de compétence du forgeron qui a fabriqué l'épée.

 

Un bon artisan, mais un matériau moins efficient

Échantillons d'épées et couteaux de l'Âge du Fer et de l'Âge Viking - Photo: Henriette Syrach LyngstrømDes coupes transversales d'épées du VIIème siècle révèlent qu'elles ont été forgées à partir de plusieurs pièces de fer pur, presque sans carbone donc et avec de nombreuses incisions ovales de scories. 

Toutefois les morceaux de fer sont souvent homogènes et parfaitement soudés, ce qui indique un bon savoir-faire malgré l'utilisation d'un fer impropre. Le fer avec peu de carbone est rarement utilisé pour produire de l'acier, bien que ce dernier aurait rendu l'épée plus dure.

Mais peut-être le forgeron était-il plus soucieux de produire une lame d'une certaine taille et forme plutôt que de l'optimiser pour la bataille. Il est probable après tout que l'épée ait joué un rôle différent entre la culture de la fin de l'Âge du Fer et l'Âge Viking.

 

 

Comparer un avion à hélice et un avion de combat F16

Les techniques utilisées pour produire les épées vikings sont complètement différentes de celles de l'Âge du Fer.

La qualité du fer était également très différente, même s'ils utilisaient du fer produit localement qui contenait aussi beaucoup de scories ovales. Les épées des Vikings étaient en acier trempé.

Les forgerons vikings utilisaient une nouvelle technique, combinant du fer pur pour le milieu de la lame et de l'acier pour les tranchants.

L'acier contenait souvent quelques morceaux de scories plates, ce qui indique qu'il était travaillé plus longtemps que le fer pur. Ces artisans se souciaient de l'apparence de l'épée, mais aussi de son efficacité au combat. Cette différence n'est nullement insignifiante...

Comparer une épée en fer pur avec une épée en acier, c'est comme comparer un avion à hélice avec un avion de combat F16. Un guerrier de l'Âge du Fer pouvait certes tailler et transpercer avec son épée, mais l'épée à lame d'acier du Viking était nettement plus efficace.

 

De l'Âge du Fer à l'Âge de l'Acier

Il convient de mentionner que ce changement technologique entre le début de l'Âge du Fer et l'Âge Viking ne s'appliquait pas seulement aux épées, marqueurs du statut social élevé de leur propriétaire.

Les couteaux trouvés dans les tombes vikings plus ordinaires étaient également forgés avec de l'acier bien travaillé entre deux morceaux de fer, contrairement aux exemples précédents de couteaux à l'Âge du Fer.

Cela constituait une élaboration optimale combinant la force de l'acier avec la flexibilité du fer pour une lame indestructible. Son application à la fabrication d'armes et d'outils doit avoir massivement amélioré leur efficacité.

 

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Commentaires

  • Nico
    • 1. Nico Le 14/11/2018
    Bonjour,
    la période viking est techniquement incluse dans l'age du fer.
    Sur les techniques, il existait déjà des lames en acier avec traitement thermique et en fer pendant l'age du fer romaine, ainsi que pendant le second age du fer germanique.
    Du plus à aucune période chronologique il y a une homogénéité dans les productions, avec en plus différents lieux de productions des lames ou même d'extraction et de transformation du minerai.