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Danemark - Les boucliers vikings ont enfin livré leurs secrets de fabrication

Lorsque les guerriers vikings ont entrepris d'attaquer leurs voisins européens, le bouclier était leur principale arme de défense et un fidèle compagnon. Un archéologue danois vient de démontrer que pour renforcer les boucliers, les Vikings les ont entièrement recouverts de cuir. Sans cela, les boucliers de bois se seraient brisés sous les assauts des lances, des haches ou des épées.

Les boucliers vikings n'avaient qu'une épaisseur comprise entre 0,6 et 1 centimètre et étaient plus minces sur les bords. Ils étaient donc renforcés de cuir​. Ces renforts en cuir sont longtemps demeurés un composant méconnu des boucliers. En effet, ce n'est que très rarement que les scientifiques sont parvenus à identifier, d'après leur apparence, ces protections en cuir mises au jour lors de fouilles archéologiques. Et jusqu'à présent, il s'était avéré impossible de déterminer si les Vikings avaient tanné le cuir ou bien utilisé des peaux non traitées, du cuir brut.

Danemark - Première reproduction authentique d'un bouclier viking d'après les recherches de Rolf Fabricieux Warming - Photo: Tom Jersø /Projekt VikingeskjoldetDes chercheurs de la Society for Combat Archaeology, une organisation internationale qui travaille en lien avec l’Université d’Aarhus, ont récemment révélé que l’un des boucliers vikings les mieux conservés qui fut découvert était entouré de cuir de veau et recouvert de peau tannée d'agneau - et peut-être de cerf - à l’avant et à l'arrière. "Ce qui est fascinant, c’est que nous savons maintenant à quoi ressemblaient les boucliers, au lieu de devoir le deviner. Grâce à ces nouveaux résultats, nous avons enfin acquis une compréhension globale de la conception des boucliers à l’époque viking. Cela signifie également que pour la première fois, nous avons la possibilité de fabriquer des reproductions complètement authentiques", a déclaré Rolf Fabricius Warming, archéologue et responsable de la Society for Combat Archaeology (SoCA). 

Rolf Fabricius Warming est directeur de recherche sur le projet. En collaboration avec le Centre de la forteresse viking de Trelleborg et le Musée national, il a réalisé la première reconstitution réaliste d'un bouclier dit "rond" (rundskjold). Le public a pu assister à l'aboutissement de ce projet, nommé "Vikingskjoldet", lors de la fête du solstice d'été de Trelleborg, à Slagelse, où la durée de vie du bouclier a été testée grandeur nature sous les tirs de flèches et les coups de hache et d'épée.

 

Du cuir sur la totalité du bouclier

Dans le cadre du projet, les scientifiques ont réalisé pour la première fois une recherche systématique du cuir sur les boucliers vikings. Quatre boucliers du Nord de l'Europe datant de l’Âge Viking et de l’Âge du Fer (de 500 avant notre ère à 850) ont retenu leur attention.

L'un des boucliers est ainsi entouré et recouvert de peau de veau et d'agneau, de sorte que la mince planche de bois ronde est prise en sandwich entre les pièces de cuir. Il date de l'Âge Viking, entre le Xème et le XIème siècle et se trouvait dans une fosse d'armes située dans la ville de Birka en Suède. Des échantillons du bouclier ont été prélevés au musée historique de Stockholm, où il est actuellement conservé.

En plus du bouclier Birka, les chercheurs ont examiné des bordures en cuir de boucliers du Jutland (datant de l’Âge du fer pré-romain, 350 av. J.-C.), de Bornholm (Âge du Fer romain, 250-300) et de Lettonie (environ 850 ans).

Tous les résultats de cette recherche seront publiés à l'automne 2019 dans un rapport de la Bericht der Römisch-Germanischen Commission

 

Quel animal et quel traitement?

Pour mener à bien leurs analyses, les chercheurs ont procédé en 2 étapes et eu recours à plusieurs techniques :

  • Pour savoir si la peau avait été tannée ou non traitée, les chercheurs ont procédé à une microanalyse des fibres provenant des bordures en cuir. La microanalyse montre s'il y a des tanins dans le cuir car les fibres de collagène dans la peau changent s'il y en a. Les chercheurs ont également appliqué sur les fibres une solution de sulfate de fer qui colore les fibres en noir en présence d'agents tannants. Ils ont également balayées les fibres par ATR, ce qui leur permet de voir la différence entre un cuir brut et un tannage végétal via la spectroscopie infrarouge.

  • Pour déterminer de quel animal provient le cuir, les chercheurs ont procédé à l'analyse dite ZooMS. La méthode ZooMS est utilisée pour identifier les protéines d'espèces animales et le collagène présents dans la peau. La structure du collagène varie légèrement entre les espèces et ces différences peuvent être enregistrées avec un spectromètre de masse. Il ne reste plus alors qu'à identifier l'espèce, en comparant les résultats avec ceux d'espèces connues enregistrées dans une base de données.

 

 

Le cuir raconte la fabrication du bouclier

D'après Rolf Fabricius Warming et Ulla Mannering, chercheuse au Musée National, il est important de savoir quels matériaux les guerriers vikings utilisaient pour leurs boucliers. Et ce, pour différentes raisons. 

  • "Le choix des matériaux et le traitement nous renseignent sur la conception et la durabilité du bouclier. Les peaux de veau et d'agneau ont probablement été utilisées pour renforcer la structure de boucliers fins et les rendre plus robustes", a expliqué Rolf Fabricius Warming.
  • "Quand nous savons à quoi ressemblait tout un bouclier, nous pouvons fabriquer des reproductions authentiques. Les scientifiques peuvent les utiliser pour réaliser des expériences dites 'd'archéologie expérimentale'. Ainsi, il devient possible de comprendre la façon dont les armes d'autrefois ont été produites et utilisées en les testant au combat", a-t-il poursuivi.
  • "Les chercheurs peuvent également, en traitant le cuir exactement de la même manière pour la reproduction qu'il l'avait été sur la découverte archéologique, acquérir des connaissances sur les moyens techniques des Vikings et sur ce qu'ils ont fait exactement pour atteindre le produit fini", a estimé Ulla Mannering.
  • "Les reproductions offrent également au public une meilleure occasion de se faire une idée de ce à quoi ressemblaient les objets dans le passé. Le matériel archéologique est souvent dégradé et ne doit pas être touché, ce qui ne s'applique pas aux reproductions", a-t-elle ajouté.

 

 

De la peau d'agneau pour la première fois

Jusqu'à présent, tout le monde s'accordait pour dire que les Vikings préféraient le cuir de génisse et de veau pour leurs boucliers, car il était plus résistant. C'est donc la première fois que des archéologues trouvent du cuir d'agneau sur un bouclier.

"Il existe une loi anglaise datant de 930 environ, lorsque le roi Æthelstan ordonne à tous les fabricants de boucliers de ne mettre aucun cuir d'agneau sur ses boucliers. Il considérait probablement que le cuir d'agneau était moins résistant. Ce faisant, la législation suggère que certains devaient en utiliser et nous en avons maintenant des preuves matérielles", a rappelé Rolf Fabricius Warming.

D'après le chercheur, les Vikings ont choisi d’utiliser du cuir d’agneau moins durable probablement parce qu'il était le plus accessible. En traitant la peau avec des tanins pour en faire du cuir, les Vikings ont également rendu le matériau résistant à l'eau et augmenté sa durée de vie.

 

Des résultats "d'une extrême importance"

Ulla Mannering, du Musée national, a qualifié les résultats de cette étude "d'une extrême importance". "La méthode est bonne, sûre et la meilleure pour l'identification des espèces. En outre, il est vraiment important que les archéologues commencent à fournir une identification spécifique des cuirs de l'époque", a estimé la chercheuse, dont le domaine d'expertise porte sur les textiles scandinaves.

Selon elle, avec les résultats à venir, il sera possible de créer une base de données et d'avoir une meilleure idée de la façon dont les peaux étaient traitées, échangées et utilisées au cours de l’Âge viking. Il n'est pas étonnant que les Vikings aient utilisé des cuirs d'animaux différents sur leurs boucliers. Mais c'est une bonne chose d'avoir établi qu'au cours de cette période, ils travaillaient avec plusieurs matériaux différents - certains en raison de leur apparence et d'autres en raison de leur résistance, comme l'a fait remarquer Ulla Mannering.

"Cela nous montre que les Vikings utilisaient des espèces d'animaux domestiqués auxquels ils avaient facilement accès par le biais de leurs fermes, mais encore que les produits étaient de haute qualité", a résumé Ulla Mannering.

 

Les Vikings étaient de fantastiques artisans

Cette étude confirme le fait que les Vikings étaient de fantastiques artisans, selon Ulla Mannering et Rolf Fabricius Warming. "L’Âge Viking est une période au cours de laquelle le cuir faisait partie des armes. Par conséquent, nous devons supposer que les Vikings possédaient beaucoup de connaissances sur la manière dont les peaux doivent être traitées", a souligné Ulla Mannering.

Le tannage nécessitait un certain talent. Le processus consiste à dépiler les peaux ou à éliminer les poils par réaction chimique, "les Vikings devaient donc savoir quand arrêter pour ne pas détruire les fibres", a précisé Rolf Fabricius Warming. Le processus chimique servait à détacher la couche de peau extérieure, qui pouvait alors être enlevée un peu plus facilement.

Ensuite, les peaux étaient placées dans un trou pratiqué dans le sol, avec de l'écorce entre autres. Les tanins libérés par l'écorce pénètraient alors dans la peau pour la transformer en cuir.

 

Infos de dernière minute > Du nouveau sur les boucliers du navire de Gokstad

Rolf Fabricius Warming s'est progressivement lancé dans plusieurs études spectaculaires sur les boucliers vikings. Par exemple, il a expliqué comment les Vikings utilisaient leurs boucliers pour repousser l'épée. [cf. Un archéologue découvre un nouveau style de combat viking]. Plus récemment, l'archéologue a obtenu des nouvelles des boucliers du célèbre navire de Gokstad, qui avait été découvert dans un tertre funéraire de Sandefjord en Norvège, en 1880. Le navire se trouve aujourd'hui au musée des Bateaux Vikings à Oslo. 

Dans le cadre du projet de Trelleborg mentionné précédemment, Rolf Fabricius Warming a effectué les premières analyses approfondies des boucliers disposés le long des bordages du navire.

Jusqu'à présent, les archéologues subodoraient que les boucliers de Gokstad n'avaient pas été utilisés au combat, qu'ils étaient purement décoratifs et avaient peut-être une fonction cérémonielle, par exemple lors de l'inhumation. "Les boucliers étaient peints et très fins, ils étaient donc censés être décoratifs. Mais personne ne s'était jamais vraiment penché sur la question", a souligné Rolf Fabricius Warming.

Or, d'après ses recherches, les boucliers du navire de Gokstad sont susceptibles d'avoir été utilisés au combat: "Il existe de bonnes bases pour affirmer que les boucliers étaient fonctionnels pour le combat."

 

Des trous dans les boucliers

Les Vikings mettaient du cuir sur leurs boucliers pour les rendre plus résistants. Mais lorsque le navire de Gokstad a été retrouvé, il n'y avait aucun cuir sur ses boucliers. Les analyses de Rolf Fabricius Warming ont toutefois permis de montrer que les boucliers présentent des rangées de trous en leur milieu.

D'après d'autres recherches de l'archéologue, ses trous étaient utilisés pour attacher le cuir au bouclier. "Les trous n'ont pas de sens s'ils n'ont pas été utilisés pour fixer le revêtement de cuir. Il ne devait probablement pas y avoir de peau suffisamment grande, il fallait donc utiliser deux morceaux de cuir qui étaient attachés dans les trous situés au milieu du bouclier", a-t-il expliqué, ajoutant que: "La même solution a été utilisée sur un bouclier très bien conservé de Tira en Lettonie, où les éléments en bois et en cuir sont en bon état. Maintenant que nous savons que les boucliers du navire de Gokstad avaient  du cuir, il n’y a plus aucune raison qui permette de dire qu’ils étaient exclusivement utilisés à des fins cérémonielles ou décoratives."

Les études de Rolf Fabricius Warming sur les boucliers du navire de Gokstad n'ont pas encore été publiées à ce jour.

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