IDAVOLL

Danemark - Une valkyrie de l'Âge Viking recréée en 3D

L'empreinte d'une valkyrie dans des moules servant à fabriquer des bijoux à Ribe, a pu être reconstituée grâce à une technologie de dentisterie. Elle a non seulement révélé de nouveaux détails sur son apparence mais devrait aussi à terme permettre aux archéologues de collecter de nombreuses données pour cartographier les routes commerciales des Vikings.

Le valhalla est le lieu, dans la mythologie nordique, qui accueillaient les plus valeureux guerriers vikings morts au combat. Que l'un ou l'autre puisse avoir la chance d'arriver dans ce royaume des morts dépendait des valkyries. Elles avaient la charge de désigner sur le champ de bataille les guerriers qui devaient mourir pour devenir des einherjar aux côtés du dieu Odin.

Dans une nouvelle étude publiée ce mois d'Août dans la revue Journal of Archeological Science, des archéologues danois en collaboration avec l'École de Médecine dentaire d'Aarhus ont recréé un moule de l'une de ces légendaires valkyries.

Pour ce faire, ils ont utilisé des images d'une grande précision obtenues grâce au balayage laser 3D, et ont ainsi méticuleusement reconstitué le petit moule qui a servi à fabriquer des bijoux ou des amulettes dans un atelier de Ribe durant l'Âge Viking. "C'est un tel modèle que tous ceux qui s'intéressent à l'époque viking vont s'empresser de venir le voir", a annoncé le professeur Søren Sindbæk, qui est le responsable des fouilles à Ribe et l'un des auteurs de la nouvelle étude.

 

Une reconstitution et non une découverte

Danemark - Le moule de la valkyrie de Ribe et son impression en 3D - Photo: Sarah CroixDans le cadre de leurs travaux, les chercheurs ont eu recours à la même technologie 3D que les dentistes utilisent, par exemple, lorsqu'ils doivent fabriquer des prothèses dentaires, le scanner par laser à lumière bleue. La méthode n'est donc pas nouvelle en tant que telle, mais c'est la première fois qu'elle sert à recréer quelque chose qui autrement serait perdu pour la postérité.

La représentation de la valkyrie a été reconstituée à partir de moules faits, à l'époque, d'argile et de matière organique comme le fumier de cheval. Après la coulée du métal, généralement du bronze ou de l'argent, les moules étaient brisés pour libérer le bijou ainsi formé. Le modèle original qui a servi à de nombreuses reprises pour créer plusieurs autres moules, a disparu et les moules des répliques étaient tous endommagés, cassés en une myriade de petits morceaux qui se sont mélangés et ont été dispersés au fil du temps.

"Cela signifie que sans cette méthode, il nous aurait été impossible de pouvoir étudier et analyser quelque chose de si petit, avec autant de détails et très mal conservé", a souligné l'assistante du professeur et coauteure de l'étude, Sarah Croix, qui, comme Søren Sindbæk, travaille au Département de la Culture à l'Université d'Aarhus.

 

Avec un étrange casque antique sur la tête

Le modèle que les chercheurs ont recréé, mesure un peu moins de 4 centimètres de haut. Il représente une personne portant un beau costume de femme avec une longue traîne dans le dos ainsi qu'un bijou sous le cou qui pourrait représenter une broche. "Nous pensons qu'il s'agit d'une fibule en forme de disque sur une anse, qui était répandue principalement aux siècles précédent l'Âge viking, mais que nous trouvons parfois dans les tombes de vikings qui en ont hérité. Cela devait probablement illustrer le fait qu'il s'agit d'une femme très distinguée", indique Søren Sindbæk.

La femme porte également une épée et un bouclier. Or les archéologues ont déjà observé cette combinaison de vêtements féminins et d'armes sur des pendentifs découverts un peu partout en Europe du Nord, et en particulier au Danemark, dans le sud de la Suède et en Angleterre. L'un des plus beaux exemplaires est une petite figurine, mise au jour sur l'île de Fionie en 2012La plupart présentent de grandes variations de forme, de style et d'attributs, et ont probablement été conçues à différents endroits.

 "Mais ce qui est très inhabituel à propos de notre figurine, c'est qu'elle porte un casque avec une figure animale à son sommet et des plaques qui descendent sur ses joues [appelées paragnathides], tout à fait comme un casque antique de l'Empire romain. Nous n'avons jamais trouvé de tels casques pour l'Âge Viking", explique Søren Sindbæk.

 

Un éclairage sur le réseau des routes commerciales

La découverte s'inscrit dans le cadre du projet de recherche Northern Emporium, qui vise à explorer le développement des premières villes de Scandinavie et a pris pour point de départ la ville de Ribe à l'Âge Viking.

Bien que la présente étude cherchait principalement à démontrer le potentiel de la technologie 3D,  elle n'en arrive pas moins à plusieurs conclusions importantes:

  1. La reconstitution de la figurine a été créée à partir de restes de moules, qui sont en eux-mêmes très rares, en partie parce qu'ils étaient constitués d'un matériau poreux qui se décompose avec le temps. "Peu de ces types de figurines ont été trouvés, et la plupart sont sans contexte ni datation. Ici, il est possible de dire que ces moules ont été découverts exactement dans cet atelier de Ribe et datent de la première moitié du IXème siècle", relève Sarah Croix.
  2. Il y a une discussion en cours entre les chercheurs pour tenter de déterminer la période à laquelle le concept d'une figure féminine armée est né. Avec cette nouvelle étude, ils sont en mesure d'établir que cela remonterait au début de l'époque viking.
  3. Ces résultats permettent aussi d'éclairer les chercheurs sur le réseau des routes commerciales du passé, car ils sont désormais certains que Ribe était un site de prodution pour ce type de bijoux au début de l'Âge Viking.

 

Par ailleurs, il existe des similitudes entre la valkyrie de Ribe et d'autres mises au jour en Angleterre. Grâce à la technologie 3D, les chercheurs envisagent à présent de les comparer afin de découvrir si leur modèle a été utilisé pour produire certains de ces bijoux qui ont franchi la mer du Nord.

 

La technologie 3D ouvrent de nouvelles perspectives

Le potentiel de la technologie 3D est si grand qu'il dépasse le simple cadre de cette recherche. Mais l'un des points les plus importants, d'après Søren Sindbæk, c'est qu'elle permet de voir des détails qu'il était auparavant extrêmement difficiles de repérer ou de comprendre pleinement: "C'est amusant lorsque l'on compare avec des bijoux qui ont généralement été utilisés durant de nombreuses années et depuis plusieurs générations, et qui sont usés. Il peut être difficile d'apercevoir les détails et on ne sait pas toujours très bien ce qu'ils représentent exactement."

Il poursuit en s'attardant, à titre d'exemple, sur l'étrange casque antique de la valkyrie: "Sur un bijou, ce qu'elle porte sur la tête nous laisserait d'ordinaire très dubitatif. Mais quand vous comparez ensuite avec la figurine de Ribe, le doute n'est plus possible. Bien sûr, c'est un casque!"

C'est également grâce à ce grand niveau de précision que les chercheurs pourront désormais utiliser la technologie 3D pour comparer rapidement et efficacement, par exemple, des bijoux et des moules de n'importe quel pays. De la sorte, ils pourront acquérir une bien meilleure compréhension de la relation entre le lieu de production et le lieu où l'objet a été utilisé ou enterré.

 

Du projet pilote au Big Data

Selon Mogens Bo Henriksen, inspecteur des musées des Musées de la ville d'Odense, la reconstitution par images numériques est amenée à devenir un outil archéologique de premier ordre. Il n'a pas participé à la nouvelle étude, mais en a pris connaissance avec beaucoup d'intérêt. 

"Lorsqu'ils numérisent tous les moules qu'ils ont trouvés à Ribe, et qu'ils sont en capacité d'estimer le nombre de valkyries qui y furent fabriquées, cela devient clairement important. Cela nous donne des chaînes de distribution que nous n'avions pas auparavant", estime-t-il.

D'après lui, la nouvelle étude doit être considérée comme une sorte de projet pilote: "À long terme, il faut imaginer qu'il pourrait y avoir de grandes quantités de données, et qu'ensuite nous commencerions à être en mesure de travailler sérieusement avec cette technologie."

 

La valkyrie est-elle un homme en tenue de femme?

Il est convenu parmi les archéologues d'appeler ces personnages portant des vêtements de femmes et des armes des 'valkyries', mais des discussions ont eu lieu, ces dernières années, pour savoir s'il ne pouvait y avoir d'autres interprétations possibles. Une question que se sont inévitablement posés les auteurs de cette étude.

Bien qu'une des alternatives consistant à interpréter cette figurine comme étant celle d'une guerrière soit assez tentante, les chercheurs ne pensent pas que ce soit le cas. Elle est certes bien équipée en armes, mais sa tenue composée d'une longue robe est plutôt peu pratique pour partir au combat. En outre, la figurine tient son épée derrière le bouclier, ce qui n'est pas une position de guerrier classique, et son casque antique n'est absolument pas typique d'un guerrier viking.

"Par conséquent, il est fort probable qu'ils aient représenté quelque chose de mythologique, et cela pourrait en effet être une valkyrie qui choisit les guerriers sur le champ de bataille. Mais il est aussi possible qu'ils aient essayé de montrer quelque chose de rituel. Peut-être devrions-nous en fait imaginer un rituel viking où un homme se déguise en femme? Nous n'en savons rien, mais c'est une discussion passionnante", a conclu Søren Sindbæk.

Les chercheurs approfondiront cette théorie dans un article, actuellement en cours de rédaction, qui sera publié plus tard cette année.

femme figurine amulette moule valkyrie Danemark archéologie viking

  • Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !