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Espagne - Des ancres et des pierres de lest abandonnées par les Vikings mises au jour par les tempêtes

Deux ancres et un grand nombre de pierres de silex qui pourraient provenir de bateaux vikings ont été découverts sur une plage à O Vicedo. Cette plage se trouve à proximité d'un site fortifié que plusieurs spécialistes et une partie de la population locale considèrent depuis sa découverte en 2011 comme une motte castrale édifiée par les hommes du Nord.

Après les tempêtes du début du mois de Mars 2014, deux énormes ancres en pierre et plus d'une cinquantaine de pierres de lest en silex, qui pourraient avoir environ 10 ou 11 siècles, sont apparus sur une plage à O Vicedo, une commune de la province de Lugo, en Galice. "Pour le meilleur et pour le pire, la mer a fait son travail", a déclaré Manuel Miranda, porte-parole de l'association Mariña Patrimonio.

Une ancre de 127 kg

Espagne - Une ancre de 127 kg découverte après une tempête sur la plage de San Román - Photo Mariña PatrimonioLes mêmes tempêtes qui ont gravement endommagé plusieurs sites sur la côte de Lugo, ont au moins apporté de bonnes nouvelles sur la plage de San Román, dominée par le promontoire d'Os Moutillós, un site partiellement détruit par l'érosion du littoral et ensablé, qui soulève de nombreuses questions.  Bien qu'aucune fouille archéologique n'ait encore été menée, certains experts le comparent volontiers à un type de fortification présente dans toute l'Europe, la motte castrale.

Profitant d'une journée de trêve météorologique, Miranda et d'autres membres de ce collectif pour la défense du patrimoine historique sont sortis afin de dresser un bilan des éventuels dommages causés par les intempéries, et ont trouvé un cadeau inattendu sur la plage d'O Vicedo qu'ils connaissent dans ses moindres recoins. 

L'une des ancres, celle à l'extrémité la plus pointue et qui ne ressemble à aucune autre parmi celles du Moyen Âge en Galice, pèse 127 kilos. L'autre, plus petite, semblable à d'autres découvertes antérieures dans la région, fait 66 kg. L'équipe de Mariña Patrimonio est allée interroger les marins du secteur, et ils se sont tous accordés à dire que ces poids ne pouvaient correspondre qu'à de gros bateaux, et non à des bateaux de pêche. À l'endroit précis où les ancres et le lest sont apparus, la plage de San Román est connue sous le nom de O Porto

 

Déballastage et toponymes 

Espagne - Tracé de la forteresse potentiellement viking et toponymes sur la plage de San Román, en Galice - Photo Manuel GagoLa toponymie, d'après Miranda, fournit souvent les premiers indices. C'est d'ailleurs de cette manière, et en suivant l'avis éclairé d'universitaires passionnés comme Manuel Gago, professeur à l'Université de Santiago, qu'il a pu identifier ce qui serait une motte castrale à Os Moutillós, comme le suggère le nom des rochers immergés qui lui font face: Os Catelos.

Cela semble encore plus évident dans un autre endroit, à San Cibrao [une ville minière et un port de pêche, faisant partie de Cervo, dans la province de Lugo], connu sous le nom d'Os Lastres ["lastres" signifie "ballasts" en espagnol]: c'était le lieu précis où les navires marchands d'autrefois pratiquaient le déballastage, c'est-à-dire déposaient la lourde charge de pierres qu'ils emportaient à bord pour servir de ballast [un terme d'origine scandinave signifiant "lest"]

"Ils les utilisaient pour équilibrer le bateau en haute mer, lorsqu'il n'était pas chargé de marchandises. Une fois ici, ils les jetaient et les remplaçaient par les biens qu'ils étaient venus chercher. Il y avait beaucoup de commerce entre la Mariña [nom de la province de Lugo] et l'Angleterre", a expliqué Miranda en précisant que la plage de San Román, située entre deux estuaires, "n'a jamais pu faire un bon port".

D'après lui, il y avait non loin de là des endroits bien plus propices pour accoster. Il estime donc que cela pourrait être un indice supplémentaire, révélateur des sombres intentions de ceux qui ont utilisé le sable d'O Vicedo pour y vider leur chargement de pierres.

 

Du silex venu d'Angleterre ou de Normandie?

Tandis que les ancres sont taillées dans de gros blocs d'une roche aussi courante dans la région qu'en Scandinavie, le gneiss ( ou "ollo de sapo" en espagnol), les poids de lest sont des pierres de silex, un matériau presque étranger à la géologie galicienne mais très abondant sur les côtes anglaises et normandes. "Lorsque quelque chose en silex apparaît sur le littoral, c'est qu'un bateau l'a amené, car il n'y en a pratiquement pas ici", a souligné Miranda. 

"Au fil du temps, après en avoir vu plusieurs fois en fouillant les plages où ils apparaissent, j'ai appris à distinguer parfaitement les poids de lest réalisés avec cette roche. Mais d'après ce que j'avais vus jusqu'à présent à San Cibrao, cela ne représentait qu'un peu plus d'un kilo. À O Vicedo, en revanche, il y en a pour près de 200 kg. Nous avons pris des photographies d'environ 30 pierres, mais il y en a plus. Plus de cinquante ... et peut-être même cent" a-t-il précisé.

 

Os Moutillós, un site non protégé

Comme elle le fait toujours lorsqu'elle trouve quelque chose de nouveau, ce qui se produit généralement plusieurs fois par an dans un paysage plein de témoignages des temps anciens encore largement inexploré, l'association Mariña Patrimonio consulte les archéologues et informe le ministère de la Culture afin qu'il puisse intervenir sur place et enregistrer la découverte.

Bien qu'ils aient été alerté de la même manière en 2011 par le collectif, de l'existence d'un site archéologique à San Román susceptible d'être une fortification viking, la Junte de Galice [le gouvernement régional de la communauté autonome de Galice, connu également sous le nom de Xunta], ne l'a pas inclus comme site dans son inventaire du patrimoine. Par conséquent, Os Moutillós "n'est pas protégée", confie Miranda. 

Avec cette nouvelle découverte, le gouvernement local d'O Vicedo tente aussi à présent d'éveiller l'intérêt du ministère qui, à l'époque, considérait que la colline en demi cercle dans laquelle certains voient une construction stratégique des pirates nordiques n'était ni un fort, ni un établissement du type motte castrale. Aussi le conseil municipal demandent que ce site soit étudié  afin de valider ou d'invalider toutes les interprétations qui ont été élaborées à son sujet depuis l'annonce de sa découverte. 

Les habitants de la région, eux, savent bien qu'à cet endroit et dans les environs, des vestiges du passé refont régulièrement surface, et continuent toujours d'apparaître juste en creusant un peu, y compris des os humains.

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