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Norvège - Deux bateaux découverts dans une mystérieuse tombe de l'Âge Viking

Les archéologues ont découvert une mystérieuse tombe de l'Âge Viking. Un seul et même tertre funéraire pour deux bateaux, l'un abritant le squelette d'une femme, l'autre celui d'un homme, enterrés à 100 ans d'écart.

Les archéologues de l'Université norvégienne de Sciences et de Technologie (NTNU) ont achevé les fouilles de deux bateaux tombes au mois d'Octobre dernier. La surprenante découverte a eu lieu lors des fouilles menées dans le cimetière d’une des fermes de l’Âge Viking à Vinjeøra, dans le cadre des travaux d'amélioration du réseau routier autour de l'autoroute E39.

La sépulture d'une femme importante

D'après l'équipe d'archéologues, vers 850-900, une femme bénéficiant d'un certain statut est décédée dans une ferme. De nos jours, cette ferme est connue sous le nom de 'Skeiet' à Vinjeøra, au sud-ouest de la région de Trøndelag, entre Trondheim et Molde. Les vêtements de la défunte étaient fermés à l'aide de broches tortues en bronze plaqué or et d'une broche en forme de croix, travaillée à partir d'une boucle de harnais fabriquée en Irlande.

Comme il est d'usage lors de funérailles vikings, le corps a été placé dans un bateau d'environ sept à huit mètres de long. La défunte a reçu des offrandes pour l'accompagner dans son voyage vers l'au-delà, notamment un collier de perles, des ciseaux, un rouet et même une tête de vache.

Rien d’inhabituel jusque là. Mais ce qu'ils ont ensuite découvert a soulevé de nombreuses questions parmi les archéologues et les historiens. Une nouvelle fosse n'a pas été creusée pour ce bateau. Au lieu de cela, une sépulture du VIIIème siècle déjà présente a été mise au jour. Le bateau était plus grand de quelques mètres et abritait les restes d’un homme avec des armes.

 

Deux bateaux pour une tombe

Norvège - Les rivets ont permis d'identifier deux bateaux sous un seul et même tumulus - Photo: Astrid Lorentzen / NTNULe bois des bateaux était pourri depuis longtemps, il ne restait qu'un peu de matière de la quille du plus petit bateau. Cependant, les rivets se trouvaient là où ils étaient à l’origine. En observant ces derniers, les archéologues ont clairement constaté qu'ils avaient trouvé deux bateaux différents dans la même tombe.

Le bateau de la femme avait donc été déposé dans la tombe d'origine avec le bateau de l'homme et recouverte à nouveau par un tumulus. Qui étaient les deux personnes et pourquoi ont-elles été inhumées ensemble alors qu'elles sont mortes à un siècle d'écart, c'est un vrai mystère.

"J'avais entendu parler de tumuli avec plusieurs fosses à bateaux, mais jamais d'un bateau enterré dans un autre bateau", a déclaré l'archéologue Raymond Sauvage."Depuis, j'ai appris que dans les années 1950, plusieurs tombes à double bateau avaient été découvertes à Kaupang et à Tjølling, dans le Vestfold, mais on peut encore dire qu'il s'agit d'un phénomène peu courant."

 

L'espoir d'une analyse ADN

Les conditions de conservation des vestiges n'étant pas favorables en raison de la nature du sol, les archéologues ne s'attendaient pas à trouver des parties du crâne de la femme dans le bateau supérieur.

"Espérons qu'il sera possible d'extraire l'ADN du crâne, ce qui pourra nous donner davantage d'informations, par exemple sur ce à quoi elle ressemblait. Cela nécessite que nous soyons autorisés à le faire, car il existe un cadre réglementaire éthique strict concernant la recherche sur le matériel osseux humain", a expliqué Raymond Sauvage.

L’analyse isotopique pourrait également révéler des éléments tels que le lieu de naissance et de vie de cette femme, ou encore indiquer la nature de son alimentation.

 

Une broche irlandaise en guise de distinction

La broche en forme de croix trouvée dans la tombe de la femme en dit long sur elle-même et la communauté à laquelle elle appartenait. "Nous voyons à la fois par l'ornementation et sa conception-même qu’elle provient d’Irlande et qu’elle était autrefois une partie d’un harnais", a précisé Aina Heen Pettersen, chercheuse du département d’Etudes historiques de la NTNU. "Il était courant pour les Vikings de détacher de tels accessoires décoratifs des harnais et de les réutiliser comme bijoux fantaisie."

D'après elle, de telles broches constituaient probablement une manière unique de décorer sa tenue. Les archéologues les découvrent généralement sur des lieux de sépulture, ce qui indique que ces objets étaient répartis entre ceux qui participaient ou contribuaient à l'organisation des expéditions, que ce soit pour piller ou commercer. 

Étant donné que ces longs voyages formaient une composante centrale de la société nordique de l'époque, toute participation à cette activité majeure permettait non seulement d'acquérir des biens matériels, mais contribuait également à élever son statut social et celui de sa famille. 

"L’incorporation d’objets issus de ces voyages en tant que bijoux fantaisie marque une nette distinction entre la partie de la population qui a voyagé et 'les autres' au sein de la communauté locale", a expliqué Pettersen, auteure d'un doctorat sur les objets irlandais et anglais importés en Norvège à l’époque viking.

 

L'équivalent d'un titre de propriété

L'homme enterré dans le plus grand des deux bateaux était entouré de lances, de boucliers et d'épées. Ce sont ces armes qui ont permis aux archéologues de dater avec certitude la sépulture. "Le style des épées a changé au fil des siècles et cela nous permet de dater sans ambiguïté cette tombe du VIIIème siècle - de la période dite mérovingienne. Bien sûr, cela suppose que nous n’ayons pas affaire à un hipster viking", a plaisanté Raymond Sauvage.

D'après lui, il est évident que ces deux personnes étaient liées. Les Vikings qui vivaient à Vinjeøra savaient sans aucun doute qui était enterré dans quel tertre funéraire, et cette connaissance devait probablement se transmettre de génération en génération.

"Dans la société de l'Âge Viking, la famille était très importante, à la fois pour asseoir un statut social et un pouvoir ainsi que pour consolider les droits de propriété. Dans la toute première législation sur les terres agricoles qui s'est appliquée au Moyen Âge, l'une des lois exigeait que l'ayant droit soit le propriétaire des terres depuis cinq générations. S'il y avait le moindre doute sur la propriété, il était possible de retrouver la généalogie à partir du 'haug og hedni', c'est-à-dire via les tertres funéraires", a-t-il expliqué.

"Avec cela pour toile de fond, on peut imaginer que les deux ont été enterrés ensemble pour indiquer, dans une société de transmission orale, la parenté des propriétaires de la ferme", a-t-il suggéré.

 

Un monument dans le paysage

Les deux bateaux enterrés l'un reposant sur l'autre, comme les offrandes funéraires ,ne sont pas les seuls éléments qui éveillent l'intérêt des archéologues. La sépulture dans son entier se trouve à proximité du plus grand cimetière de la région et cet endroit, selon Sauvage, n’a pas été choisi au hasard. "Les deux bateaux tombes sont en outre situés tout en haut d'une falaise, surplombant le fjord de Vinje. Ce devait être un monument clairement visible depuis toutes les routes dans la région."

L'âge du tertre funéraire est tout aussi remarquable selon l'archéologue. "Bien entendu, le tertre funéraire doit probablement être plus ancien que la plus vieille des tombes, donc du début de la période mérovingienne. Il est clair que l'on arrive à une période très intéressante de l'Histoire scandinave, pour laquelle il n’y a en général que peu de découvertes."

Malheureusement, le grand tertre funéraire a été complètement détruit par des centaines d’années d’agriculture. Toutefois, Raymond Sauvage espère qu'il reste des découvertes d'objets à faire, lorsque cette zone sera davantage explorée l'été prochain.

Mysteriet i vikinggraven - NTNU Vitenskapsmuseet

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