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Norvège - Plusieurs halles vikings découvertes à Borre grâce aux géoradars

La cartographie des vestiges vikings de Borre, dressée au moyen de radars à pénétration de sol, entre le 18 et le 24 septembre 2017, a donné du grain à moudre aux archéologues. Mais aucun nouvel objet n'a été découvert.

Borre est situé dans la municipalité de Horten, dans le comté de Vestfold, sur la côte ouest de l'Oslofjord et est célèbre pour ses tertres funéraires monumentaux datant de la fin de l'Âge du Fer et de l’Âge Viking, soit une période comprise entre 400 et 1050 de notre ère. Bien que l'on sache grâce à la saga des Ynglingar que Borre fut un site royal et que la région fut un lieu de pouvoir dans l'Histoire norvégienne, il reste encore beaucoup à découvrir. Cela fait dix ans en 2017 que les archéologues ont commencé à s'intéresser de près aux espaces du parc national de Borre. A présent, ils poursuivent les recherches et les fouilles avec le soutien des technologies les plus avancées.

27.09.2017 - Trois ou quatre halles découvertes sur le site de Borre

Halfdan le Doux

"En ce qui concerne la lignée des rois, nous savons avec certitude que Halvdan Øysteinsson [i.e. Halfdan le Doux] est enterré à Borre. C'est relaté dans la saga des Ynglingar. Mais nous ne savons pas quelles sont les autres personnes qui sont inhumées ici", explique Terje Gansum, en charge du Patrimoine culturel pour le comté du Vestfold.

Il ajoute que, Halvdan, roi du Romerike et du Vestfold (IXème siècle), doit son surnom quelque peu étrange au fait de s'être montré très généreux et plein de compassion avec ses hommes qu'il couvrait d'or et de cadeaux, bien qu'il avait par ailleurs la réputation de se montrer très avare dès lors qu'il s'agissait de partager la nourriture.

 

Une première mondiale

L'histoire de certaines fêtes, qui se sont déroulées sous le règne de Halvdan le Doux, prouve qu'à son époque Borre était un site royal. Or, la cartographie a révélé 3 à peut-être 4 bâtiments, mesurant jusqu'à 40 mètres de long.

"Nous avons trois à quatre bâtiments sur lesquels nous devons travailler pour les situer. C'est pourquoi nous sommes ici maintenant", dit Terje Gansum.

"Nous avons la chance d'avoir trois des quatre géoradars qui existent dans le monde, ici à Borre. Cela n'a jamais eu lieu avant, c'est pourquoi nous étions emplis d'espoir en entrant et en traitant les données du balayage de la semaine dernière à Borre", a déclaré Knut Paasche du NIKU, l'Institut norvégien pour le patrimoine culturel.

 

Aucun objet découvert

Découverte de l'emplacement de 4 halles vikings à Borre grâce au géoradar - Photo: Tom Arild DahlMalgré cet équipement high tech et la numérisation, Terje Gansum a précisé qu'aucun objet n'a été découvert. C'est selon lui dans l'ordre des choses car avant tout: "Nous étions ici cette semaine pour cartographier et localiser les structures et les traces de construction dans le sol."

"Nous allons déterminer ce qui est ici et établir un projet sur la façon dont nous pouvons utiliser les connaissances que nous aurons obtenues à partir de là, c'est une bonne chose", affirme-t-il, avant d'expliquer pourquoi ils ont créé des stations d'observation avec des capteurs dans le sol et pourquoi ils ont pris à la fois des photographies et des vidéos par drone pour documenter tout ce qui se passe.

"Avec les débuts de la numérisation dans les années 80, nous bénéficions d'un outil technologique qui nous aide beaucoup dans le travail archéologique. Les capteurs là-bas nous donnent des informations sur le sol, l'humidité et la conductivité afin que nous puissions tirer le meilleur parti des géoradars. Numériser tout ce que nous trouvons, voyons et enregistrer les données, nous permettra d'accéder à tout plus tard et de coopérer entre groupes.", explique Terje Gansum.

 

Des drains à travers le plancher d'une halle viking

D'après Terje Gansum, le fait que les sols aient été travaillés et labourés n'affecte en rien leur investigation car il leur est aisé sur place de distinguer le sol labouré, de couleur foncé, des couches qui ont plusieurs centaines voire un millier d'années.

Les archéologues ont même retrouvé des drains qui ne datent pas, eux, de l'Âge Viking. "Nous ne savons pas pourquoi ces tuyaux de drainage sont ici. Mais sachez qu'ils ont probablement été installés après la guerre, sans doute dans les années 1950. Les drains n'avaient aucune fonction particulière. Ils commencent au milieu de la partie supérieure du sol et finissent en virage sur le terrain du parc. Ils ont probablement été placés là pour drainer les sols et la surface, mais avec les fuites entre chaque élément et le débit de l'eau, ils sont devenus inutiles. Ils sont sans intérêt depuis des décennies ", selon Terje Gansum.

"Si nous les enlevons maintenant, c'est parce que les drains nous révèlent une bonne section transversale de ce qui était autrefois le plancher d'une grande halle Viking qui se tenait ici. Lorsque les drains ont été posés il y a environ 50 ou 60 ans, les gens les ont fait passer à travers. Le noir que vous voyez à cet endroit correspond à des vestiges d'une halle viking qui fut édifiée ici. Voilà qui représente une somme d'informations à étudier", conclut Terje Gansum.

25.02.2020 - Des halles symboles du pouvoir à l'Âge du Fer et à l'Âge Viking, sur le site de Borre

L’analyse des derniers relevés archéologiques obtenus grâce aux géoradars sur le site royal de Borre a dévoilé de nouvelles informations sur les trois halles. Utilisées par des personnes de haut rang, elles pourraient aussi être mentionnées dans d'anciennes sagas nordiques.

Un article paru dans la revue Antiquity de ce mois de février, accessible sur Cambridge.org, présente les relevés de données des géoradars et les caractéristiques de ces halles. L'auteur principal, le professeur Christer Tonning, estime que ces dernières étaient en fonction en même temps que le site funéraire, ce qui établit de nouvelles preuves sur l'importance des halles aux yeux d'une société qui édifie des tumuli.

 

Un lieu de sépultures royales

Le site de Borre a été identifié pour la première fois par des archéologues en 1852, lorsque les vestiges d'un bateau-tombe de l'Âge Viking ont été découverts par des ouvriers du réseau routier norvégien. Il s’agit désormais de l'un des plus grands sites de monuments funéraires de Scandinavie, datant de la fin de l'Âge du Fer et de l’Âge Viking, entre 400 et 1050 de notre ère.

Comprenant à l'origine neuf tertres funéraires dont 7 conservés, trois cairns funéraires et plus de 40 autres structures funéraires mesurant jusqu'à 47 mètres de diamètre et 7 mètres de hauteur, le site est décrit par les chercheurs comme un "cimetière royal".

 

Semblables aux salles de la mythologie nordique

Les halles vikings, identiques aux halles se trouvant au Danemark dès le IVème siècle avant notre ère aux alentours des habitations des grandes exploitations agricoles, sont mentionnées dans les anciennes sagas, l’Edda Poétique et l’Edda de Snorri. Mais elles apparaissent pour la première fois dans l'ancien poème intitulé Beowulf, où il est dit que le roi danois Hrothgar a construit une grande Halle appelée "Heorot".

Dans la mythologie nordique, ces bâtiments sont communément appelés "salr" ou "holl̨" et contrairement aux maisons longues, ils n'étaient pas utilisés comme habitations. Leur architecture impressionnante était conçue pour des assemblées sacrées par lesquelles l'élite maintenait et faisait rayonner l’aura de son pouvoir, de sa force, son autorité et son prestige sur la société dans la Scandinavie de l'Âge du Fer.

L'équipe d'archéologues et d'experts en lecture de données obtenues par géoradar s’est donc demandée si les trois halles ne figuraient pas certaines des grandes salles mentionnées dans les mythes nordique. L’article consacré à leur recherche est la première publication au sujet de ces nouvelles découvertes; il détaille avec précision la disposition des halles les unes par rapport aux autres, leurs dimensions et présente les différences entre maisons longues et halles dans les pays scandinaves.

 

La plus grande des trois halles domine le fjord 

orvège - Situation géographique des trois nouvelles halles découvertes sur le site funéraire royal de Borre - Photo: Antiquity publications LtdLe bâtiment A date de la fin de l'Âge du Fer nordique (400 - 800 de notre ère) et mesurait environ 40 mètres de long sur 12 mètres de large. Les données du géoradar ont révélé "59 trous de poteaux clairement identifiables" avec des diamètres compris entre 0,80 et 1,50 mètres. D’après les chercheurs, 25 de ces trous de poteaux dans la partie centrale du bâtiment étaient des poteaux porteurs et 22 d'entre eux allaient par paire pour former des "chevalets".

La numérisation et l'interprétation du bâtiment B se sont avérées être les plus difficiles en raison de la nature évolutive de ses composants. À l'instar du bâtiment A, cela pourrait signifier qu"il y a eu plus d'une phase d'occupation et qu’un certain nombre de changements ont été apportés au fils du temps. 14 poteaux porteurs sont jumelés pour former sept chevalets, ainsi que 12 poteaux muraux du côté est et 10 du côté ouest du bâtiment. Elle mesurait au maximum 33 mètres de long par 11 mètres de large, à environ 0,25 à 0,70 mètres en-dessous de la surface du sol, avec une zone centrale ouverte.

Le bâtiment C est situé à environ 140 mètres au sud-ouest, au sommet d'une crête dominante d’où il surplombe un terrain légèrement incliné en direction du littoral. Les chercheurs pensent que cette halle devait offrir un spectacle grandiose aux navigateurs dans l'Oslofjord. Il est le plus grand des trois bâtiments, mesurant 63 mètres de long sur 18 mètres de large, et dispose de 23 poteaux porteurs disposés en 11 chevalets espacés de 5 à 6 mètres et d'une zone centrale ouverte.

 

"Une fonction spéciale"

D'après les relevés, les trois halles de Borre se composaient toutes d'une pièce centrale contenant des foyers qui n'étaient utilisés ni pour la cuisine ni pour l'artisanat. Elles ont toutes des espaces ouverts en leur centre et la largeur des trous de poteaux indique une "construction de toitures inhabituellement hautes, qui diffère de celle des bâtiments d’habitation".

De plus, aucun des bâtiments ne comportait de divisions internes qui auraient indiqué un usage domestique multifonctionnel. Leur emplacement sur les hauteurs, associé au cimetière royal de Borre qui surplombe le fjord d'Oslo, donnent fortement à penser à l'équipe de chercheurs que les halles remplissaient "une fonction spéciale".

En concluant que les trois bâtiments étaient situés de manière à être clairement visibles depuis les environs dans une volonté d’asseoir et promouvoir le pouvoir et le statut d’une élite, les chercheurs pensent que les bâtiments A et B auraient pu être érigés soit avant, soit en même temps que les tumuli 6 et 7, qui ont été datés au radiocarbone entre le VIème et le VIIème siècle de notre ère.

La disposition inhabituelle et les imposantes dimensions du bâtiment C suggèrent qu'il a été construit au moment de la transition entre l'Âge du Fer et l'Âge Viking. Par ailleurs, en raison du fait qu'il était visible de la mer, les archéologues estiment qu'il devait appartenir à un puissant dirigeant viking.

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