IDAVOLL

Erik Ödelinson, portrait croisé

Eric, 35 ans, est un reconstituteur passionné par la route de Byzance, membre de plusieurs associations: Vegvisir, sa première véritable expérience associative qu'il appelle son "association de coeur", Les Compaings d’Esculape, une association plus familiale et Le Rempart des Rois, qui évoque la garde varangienne. Enfin, il préside l’association qu'il a créée, Sur la route de Byzance, au sein de laquelle il s'adonne tout particulièrement à de nombreuses recherches et lectures.

Fort de son expérience et de son goût affirmé pour le partage des connaissances, Eric a accepté de se livrer sur Idavoll au jeu d’un portrait croisé. Ou quand Eric, le viking d’aujourd’hui, et Erik, le viking d’autrefois, nous content leur rencontre avec l’Histoire, quelque part sur la route de Byzance!

 

  • D’où êtes-vous originaires ?

Erik ÖdelinsonÉric: Je suis né à Louviers dans l’Eure où j’ai passé mon enfance. C’est une ville avec une vraie histoire médiévale. Puis je suis venu à Rouen étudier, vivre, puis travailler. Un bon normand quoi !

Erik: Moi je suis né à Enköping, dans la province de l’Uppland bordant le Lac Mälar. C’est proche de Birka. Très joli, je recommande !

 

 

 

 

  • Pourquoi cet attrait pour Byzance?

Éric: La route de Byzance est un périple à la fois riche et fascinant. La thématique des marchands vikings est finalement très peu traitée en France parmi les reconstituteurs et, pour l'aborder, je me suis tout naturellement tourné vers ce rôle de marchand voyageur, adorant moi-même découvrir de nouveaux horizons. Byzance, c’est le  "Graal" de la destination marchande. C’est le centre du monde de l’époque. C’est une plaque tournante pour le commerce, les produits de luxe et les rencontres. En découvrant ce monde au travers de mes lectures, je suis tombé sous le charme de la vie des marchands parcourant la route de Byzance.

 

Erik: Clairement, l’évolution sociale au sein de ma région est quelque peu compliquée en dépit de la petite réussite de ma famille dans le commerce de l’ambre... Un noble lignage manque à ma famille. Il a donc fallu trouver un moyen d'accroître mes richesses. En allant sur les marchés de Birka, j’ai rencontré de riches marchands qui ramenaient des épices, des bijoux d’une finesse incroyable, des étoffes et soieries magnifiques. Cela m’a fait vraiment envie. J’ai eu l’occasion de participer à une expédition grâce à un ami de mon père et j’ai amené un bon stock d’ambre à Miklagarðr [ "la grande ville" en vieux norrois, pour désigner Byzance]. Un vrai succès ! Voilà comment j’ai lancé mon commerce. Je me spécialise principalement sur les épices, et les produits à forte valeur ajoutée mais simples à transporter (soie, bijoux, miel, etc…). Quand vous allez à Miklagarðr, vous vous retrouvez au coeur d'un univers surréaliste. C’est immense, une fourmilière qui ne s’arrête jamais et c’est d’une beauté à couper le souffle ! Cependant, dans bien des quartiers, cela sent vraiment le troll ! C’est sale, et pourtant grandiose… On y fait un commerce fructueux ceci étant et c’est bien le plus important.

Pièce de soie tissée de Birka Brocard de soie byzantin

  • Quelles qualités spécifiques avez-vous dû développer pour votre activité professionnelle ?

Éric: Je suis courtier en prêt immobilier. Il faut un sens de l’écoute et de l’observation affûté. Il faut savoir croiser les informations, mobiliser ses connaissances rapidement et arriver à instaurer un vrai climat de confiance. Les gens vous confient le projet d’une vie! J’ai un devoir de conseil et je ne le prends pas à la légère. Bien évidemment, il faut être convaincant car même si je dois conseiller au mieux les personnes qui font appel à moi, je dois aussi leur faire comprendre ce qui est bien et bon pour elles. Et cela, en dépit parfois de leurs certitudes. Il faut aussi savoir vendre le dossier des clients aux banques! Négocier les meilleures conditions en fonction des taux et des assurances. Et souvent, il faut se montrer déterminer et patient pour arriver à faire passer un dossier "tendu". Cela peut vite devenir un combat.

Erik: Je dirais un peu la même chose que Eric. Il faut savoir observer, écouter, copier et améliorer. Il faut être déterminé et ne jamais montrer de faille. J’ai dû apprendre également les rudiments de certains dialectes, notamment khazars et abbassides. Par ailleurs, j’ai dû me familiariser avec les bases de la religion chrétienne afin de pouvoir commercer avec des chrétiens. Il faut aussi savoir se battre ! Je peux vous dire que quand il s’agit de vendre des peaux de bêtes et autres fourrures, et que l’on croise les Petchenègues, cela peut très très vite tourner au pugilat… La route de Myklagard est dangereuse… Il a aussi fallu trouver les bons fournisseurs, être exigent et se montrer d’une fermeté absolue quand il s’agit de négocier les prix !

 

  • Quel a été le plus bel endroit dans lequel vous vous êtes rendus ? Et en existe-t-il d'autre(s) encore que vous rêveriez d’explorer ?

Éric: Sans aucune hésitation la Scandinavie, et particulièrement la Suède et la Norvège. C’est en découvrant les paysages, l’atmosphère de ces pays, leur culture et leur mythologie que j’ai plongé dans l’univers viking. J’avais déjà un penchant prononcé pour le monde médiéval mais après mon voyage de 3 semaines, c’est devenu une évidence !

Erik: Myklagard… Pour toujours… Les palais sont sublimes, il y a des couleurs vives partout, les tenues des gens sont superbes, la nourriture est riche de saveurs incroyables… Une fois qu’on y est allé, la seule envie qui vous ronge, c’est d’y retourner !

 

  • Vous devez avoir des tas d’anecdotes à raconter ! Laquelle, marquante ou amusante, partageriez-vous avec nous?

Éric: J’ai réalisé une conférence durant la fête de Litha, à Chateauneuf sur Epte, sur les relations entre la Scandinavie et l’Orient, et la manière dont elles ont  pu impacter les Vikings. Cela a eu un certain succès. Je ne m’y attendais pas. Etre reconnu par ses pairs, être félicité pour le fait de partager ses connaissances, et ainsi de les transmettre, c’est une fierté ! Quand ton travail de reconstituteur et de passionné est reconnu, c’est formidable et émouvant.

Par aileurs, j’ai rencontré un guitariste d’un groupe de Black Metal Viking (Enslaved) à Bergen, en Norvège, dans un bar. J’étais comme un gamin quand on a parlé de culture Viking !

Et enfin, lors d’une prestation sur une fête médiévale, une maman a dit à sa fille: "Regarde chérie des chevaliers!" Et la petite fille de 10 ans a regardé sa mère d’un œil consterné, en lui répondant: "euuuh non maman, ce sont des vikings hein!". Une crise de rire qui a duré une bonne heure, haha !

Erik:  En descendant le Dniepr pour aller à Myklagard, on a fait une escale chez une peuplade slave afin de capturer des esclaves. J’ai ramené avec moi une femme qui s'est débattue si fort que j’avais des dizaines de bleus sur le corps! J'ai été obligé de lui faire boire du vin pour la rendre plus docile et réussir à la vendre à un marchand abbasside haha ! Le pauvre… quand elle a dû retrouver ses esprits, je n’ose imaginer le calvaire qu’elle lui a fait subir!

 

  •  Au cours de vos déplacements, d’autres vous ont-ils déjà pris pour un "barbare" ? Et que leur répondez-vous ?

Erik Ödelinson, le marchand varègueÉric: Quand on fait une prestation médiévale, il faut souvent rompre avec les lieux communs, les à priori et la culture populaire. Il faut veiller à ce que les gens ne mélangent pas le "médiéval Fantastique" et "l’héroïc Fantasy" (et par extension les troupes qui gravitent dans cet univers), avec ceux et celles qui tentent de faire de l’Histoire vivante et de reproduire au mieux ce qui pouvait se faire à l’époque. Tant en artisanat qu’en reproduction de diverses choses : costumes, armement, etc… Donc oui, les gens sont souvent étonnés que l’on cuisine sur le feu avec des chaudrons, qu’on dorme sous tente avec peaux de bêtes et couvertures de laine, et on est un peu pris pour des illuminés (rires). Jusqu’à ce qu’on dise ce qu’on fait dans la vraie vie : prof, banquier, anesthésiste, responsable RH… On a un rôle dans la transmission de l’Histoire et du patrimoine. C’est important de faire vivre son Histoire. Pour savoir où l’on va, il faut déjà commencer par savoir d’où l’on vient.

Erik: Les Francs ont peur de nous haha !!! Les peuples slaves nous craignent ! Myklagard nous a proposé des traités de commerce car finalement eux aussi ont peur de nous. Nous sommes un peuple fort et conquérant ! Et même si nous sommes souvent pris pour des barbares par des chrétiens sans cervelle, nous n’en avons cure. Ce qui compte, c’est réaliser de belles marges avec nos marchandises, amasser trésor et richesses pour nos familles afin qu’elles ne manquent de rien, vivre de nos cultures et de notre élevage de bétail. Certains nourrissent des projets plus ambitieux encore, et c'est mon cas. Je souhaite rentrer comme haut fonctionnaire dans la garde du Basileus, l’empereur de Myklagard ! Dois-je rappeler qui constitue pour l’essentiel la garde du Palais ? Et d’où vient son nom de "garde varangienne" ?

 

  •  Vous arrive-t-il de jouer de la hache ou de l’épée ? Si oui, pour quoi, ou pour qui, vous battez-vous ?

Éric: Oui, de temps en temps, je combats avec les troupes dans lesquelles je suis membre. Avec Vegvisir par exemple, c’est du western style à la touche, c’est technique car les touches doivent être portées sur le buste. Avec Le rempart des Rois, il s’agit plutôt de combat rapproché car je fais du combat au scramasax. On se bat pour l’animation, pour donner du plaisir au public et aussi parce que c’est rigolo de se taper avec les copains !

Erik: Moi quand je me bats, ce n’est pas "rigolo"! Rigolo? Sérieusement… Si je dois me battre contre des Petchenègues ou contre des Khazars, ce n’est pas pour le plaisir, mais bien pour sauver ma peau ! Pour défendre mon commerce, pour acquérir des esclaves, ou encore pour défendre ma famille. Quand on se bat lors d’une expédition, on se bat avec ses associés, et souvent amis, qui vous épaulent tout au long de ce dangereux périple.  

 

  • Quelle(s) musique(s) vous inspire(nt) ou vous accompagne(nt) sur la route ?

Éric: J’écoute du Black Metal, du Viking Metal ou encore du Pagan Metal. Cette musique fait écho à ma passion de l’Histoire et à mon amour de la mythologie nordique et de la culture scandinave.

Erik: On chante divers airs mélancoliques quand notre chez-nous et nos proches nous manquent, on a des chansons à boire, et divers instruments à notre disposition pour faire de la musique en fin de compte. C’est toujours très aérien et nos paroles content les légendes des héros ou encore les histoires des dieux.

 

  • Vous arrive-t-il de sacrifier aux dieux ? L’un d’entre eux a-t-il plus particulièrement votre faveur ?

Éric: Effectivement, lors des solstices, je fais des libations afin de rendre hommages aux dieux anciens. Je leur offre de l’hydromel ou du vin. Pas de sacrifices d’animaux. C’est spirituel. C’est un hommage. Odin pour la connaissance et Freyr pour le commerce sont les dieux que j’honore particulièrement.

Erik: Tout comme Eric ! Freyr surtout, et bien évidemment Odin ! A chaque solstice, ou avant de partir en voyage, nous offrons aux dieux des animaux, des boissons, des herbes aromatiques afin d’obtenir leur protection.

 

  • Pour finir, si vous deviez n’en garder qu’un ... Et pourquoi ce choix ?

​​- Un ustensile / un outil :

Éric: Une couverture en laine car c’est bien la nuit !

Erik: Mes deux balances ! Ma balance de Mastermyr de type romain et ma balance pliable parce qu’elles me servent tous les jours

- Une arme: (les deux ensemble) Le scramasax ! Simple à transporter, maniable, léger. Parfait pour surprendre !

- Un aliment:

Éric: Arf, trop compliqué… Les plats de ma chérie, j’ai le droit ? Sinon, une côte de bœuf maturée de 2 mois !

Erik: Les plats de Eldrid évidemment ! Sinon entre le bœuf et le saumon, mon cœur balance.

- Une boisson:  À l’unanimité, LE VIN !!!

- Une étoffe:

Éric: La soie évidemment ! Ça brille (vive le bling), c’est beau ! Et on en fait de superbes brocards !

Erik: La soie persane de Bahram Gur ou de Astana sans hésitations ! Les motifs floraux et les oiseaux sont sublimes.

 

Merci, Éric, de vos réponses et pour avoir relever brillamment le défi du portrait croisé!

Si vous souhaitez faire plus ample connaissance avec le personnage d'Erick Ödelinson et tout connaître du commerce à Byzance, Eric met gracieusement à votre disposition une synthèse de ses recherches, à télécharger ci-après. 

Contact

Si vous souhaitez contacter Erick Ödelinson pour tout événement :

  • Nom du fichier : La route de Byzance et son impact sur la culture scandinave à l'Âge Viking, par Erik Ödelinson
  • Taille : 1009.55 Ko
Télécharger
  • 2 votes. Moyenne 5 sur 5.