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France - L'épopée viking de Walter Crane, de l’Amérique à la Normandie

Le Musée des Beaux-Arts de Rouen a récemment acquis pour la somme de 115 000 € sept tableaux, qui composent une frise évoquant une épopée viking. Le public est appelé à contribuer au financement de la restauration de cette œuvre de Walter Crane, "The Skeleton in Armor".

La Réunion des Musées Métropolitains (RMM) lance un appel à financement participatif pour la restauration de l'œuvre "The Skeleton in Armor" de l'artiste anglais Walter Crane. Une première pour la Métropole Rouen Normandie qui s'associe avec la plateforme KissKissBankBank & Co pour espérer lever des fonds à hauteur de 15 000 euros.

Le squelette en armure de River Fall

France - Une des septs toiles de l'oeuvre de Walter Crane, The Skeleton in Armor - Image: La Gazette DrouotL’œuvre conçue en 1883 par le célèbre artiste, théoricien et écrivain anglais Walter Crane, est formée de 7 toiles qui se déploient pour composer une magnifique frise narrative de plus de 30 mètres. Ces grandes toiles sont bordées chacune d’extraits du poème de Henry Wadsworth Longfellow "Skeleton in Armor" qu'elles illustrent, tracés dans une calligraphie d’inspiration médiévale.

L’ensemble relate l’histoire d'un Viking qui tombe amoureux de la fille d’un prince de Norvège. Celui-ci n'acceptant pas leur union, les amoureux sont donc contraints de prendre la fuite et s'embarquent pour les terres du Nouveau Monde. Le prince de Norvège, lancé en mer à leur poursuite périt avec ses compagnons. Le jeune couple amarre en Amérique où le viking bâtit une magnifique tour de pierre pour son épouse. La jeune femme meurt quelques années après et le veuf désespéré s’empale sur la pointe de son épée et devient la légende "The skeleton in Armor".

Le poème d’Henry Wadsworth Longfellow (américain, 1807-1882), édité en 1841, est inspiré de la découverte en 1832 du squelette d’un homme en armure à River Fall dans le Massachusetts, qu’on supposait être celui d’un des premiers colons vikings vers les Xème et XIème siècles. Si les hommes du Nord ont bel et bien exploré l'Amérique du nord à partir de l'an 1000, le squelette qui fut détruit lors d'un incendie en 1843, était sans doute plus tardif et avait peu de chances d'être celui d'un viking... Mais la légende était lancée.

 

Entre légendes vikings et bonnets phrygiens

Commandée par Miss Catharine Lorillard Wolfe, une richissime héritière américaine de l’industrie du tabac, la frise de Walter Crane déroulait sa palpitante et triste histoire, sur les murs de la salle à manger de Vinland, la résidence d’été à Newport (Rhode Island) de cette collectionneuse d’art et philanthrope. La demeure, manifeste du néo-roman et de l’esthétisme, a été construite en 1882 par Peabody & Stearns et a été partiellement décorée par William Morris et Burne-Jones qui ont largement puisé dans le répertoire nordique.

Pour élaborer son œuvre dans cette continuité, Walter Crane emprunte à la poésie, à la Mythologie, aux légendes vikings, à la Renaissance et à ses contemporains tels que Morris ou Ruskin, tout en intégrant ses idées socialistes (bonnets phrygiens de la Liberté, puissance des corps sculptés par la dureté du labeur en hommage aux travailleurs…), dans un espace ouvert, fréquenté par les invités, la maîtresse de maison et le personnel.

L'artiste anglais était particulièrement inventif et célèbre pour ses illustrations de livres pour enfant, mais il était également théoricien et écrivain. C'est l'un des principaux acteurs du mouvement artistique des Arts & Crafts. D'abord connu comme illustrateur, puis fervent promoteur des arts décoratifs, il a exercé son art dans de nombreux domaines : la peinture, la céramique, le papier peint, la tapisserie, etc.

 

Le sauvetage d'une oeuvre maltraitée

L’importance des liens historiques entre la Normandie et la Grande-Bretagne a amené depuis plusieurs années le Musée des Beaux-arts de Rouen à identifier l’art anglais comme un axe d’acquisition à privilégier. C’est pourquoi, la Réunion des Musées Métropolitains (RMM) a acquis cette œuvre au printemps 2019.

Financée par l’État et la Région à hauteur de 50 %, l’œuvre a fait l’objet d’un "véritable sauvetage", d’après Sylvain Amic, directeur de la Réunion des Musées Métropolitains. "Elle est réapparue sur le marché à Lyon, l’année dernière. Sans acquéreur, elle aurait pu être dispersée dans diverses collections privées. Il y a eu un engagement fort de la part des collectivités", a expliqué le responsable.

La frise a cependant été "maltraitée, roulée, arrachée", et présente un état de conservation très variable (nombreux signes d’usures, manques dans certaines parties du décor…) nécessitant une restauration complète qui reviendra "plus cher que le prix d’acquisition". Une fois restaurée, cette oeuvre constituera une des rares pièces faisant référence aux Vikings, visibles dans les collections permanentes et accessibles gratuitement du Musée des Beaux-arts à Rouen.

 

15 000€ pour la fuite des amoureux vikings vers l'Amérique

Six des sept toiles seront restaurées sur les fonds propres de la Réunion des Musées Métropolitains. Les dons seront consacrés à la restauration de la toile n° 4, qui illustre la fuite des amoureux vikings vers l'Amérique. 

Chaque participation financière donne le droit à une déduction fiscale à hauteur de 66 %, et peut faire l'objet de quelques contreparties à hauteur de 25 % du montant du don. 

Pour faire un don en ligne:

https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/epopee-viking-musee-rouen

"The Skeleton in Armor" est présentée, avant sa restauration, au Musée des Beaux-Arts du 2 octobre 2019 au 6 janvier 2020 en accès gratuit.

"The Skeleton in armor" (Walter Crane) : un crowdfunding inédit

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