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Islande - La ministre de la culture réclame au Danemark de précieux manuscrits sur l'Âge Viking

Ils racontent la légende des siècles vikings, les batailles, les rois, les dieux. L'Islande réclame au Danemark les manuscrits médiévaux d'une valeur inestimable légués au XVIIIème siècle par un érudit islandais à l'Université de Copenhague.

Ces textes, inscrits au registre "Mémoire du monde" de l'Unesco en 2009, constituent la collection la plus importante du monde d'anciens manuscrits scandinaves, le plus vieux datant du XIIème siècle, d'après cette agence de l'ONU.

3000 anciens manuscrits scandinaves

Islande - La Saga de Njáll le Brûlé, un manuscrit du XIIIème siècle de la Collection arnamagnéenne réclamé par l'Islande- Photo Arnamagnæan InstituteLa Collection arnamagnéenne tire son nom d'Árni Magnússon, un historien et philologue né en Islande en 1663 mais mort dans la capitale danoise en 1730. Ce secrétaire des Archives royales, nommé en 1702 professeur d’antiquités danoises à l’Université de Copenhague, a passé une grande partie de sa vie à réunir un ensemble de près de 3 000 pièces.

La majorité d’entre elles provient d’Islande, dont les fameuses sagas, mais la collection comporte aussi beaucoup d’importants manuscrits norvégiens, danois et suédois, et une centaine d’autres, sont originaires d’Europe continentale. Outre les manuscrits proprement dits, elle contient environ 14 000 chartes provenant d’Islande, de Norvège (y compris des îles Féroé, Shetland et Orcades) et du Danemark, sous forme d’originaux et d’apographes (copies d’originaux).

Árni Magnússon a transmis par voie testamentaire sa fameuse collection à l'Université de Copenhague. 

 

Un ouvrage richement décoré

Une partie de la Collection arnamagnéenne, directement liée à l'histoire islandaise, a été transférée à Reykjavik. Le reste, soit 1400 documents, est jalousement conservé dans une chambre forte de l'Université de Copenhague.

Le joyau de la collection est un exemplaire presque complet de la saga des rois norvégiens "Heimskringla", rédigée au XIIIème en vieux norrois (ou vieil islandais) par l'historien et poète islandais Snorri Sturluson, datant d'environ 1425. Contrairement à beaucoup de manuscrits médiévaux originaires d'Islande aux ornements habituellement rudimentaires, cet ouvrage massif, parsemé d'enluminures, est très richement décoré avec des lettrines rouges à chaque page.

Chaque codex prêté est assuré à hauteur de cinq millions de couronnes (670 000 euros).

 

Une histoire commune

Dans les années 60, soucieux d'asseoir des relations amicales avec son ancienne colonie, le Danemark avait gracieusement accédé à une requête islandaise de lui remettre une partie de la collection. Un traité signé en 1965 actait la division du fonds. 

En application de l'accord, plus de la moitié des oeuvres ont été expédiées en Islande entre 1971 et 1997 mais la ministre islandaise de la Culture et de l'Enseignement, Lilja Alfredsdottir, voudrait obtenir une plus grand part de la collection. "Il est important qu'un plus grand nombre de manuscrits se trouvent en Islande", a-t-elle expliqué à l'AFP, précisant qu'ils pourraient être conservés dans un futur bâtiment qui doit être consacré à la langue islandaise afin d'être plus accessibles au public.

En revanche, pour Matthew Driscoll, professeur de Philologie nordique ancienne et responsable de la collection, les manuscrits restants font partie du patrimoine culturel danois. De fait, les pays scandinaves partagent une histoire commune, et donc un récit commun. La petite île subarctique qui devait devenir l'Islande fut d'abord colonisée par les Norvégiens avant de devenir danoise jusqu'à son indépendance en 1944. La Norvège fut elle-même danoise, de même qu'une partie de la Suède.

 

Menaces sur la recherche

En tout, 3.000 manuscrits islandais sont disséminés à travers le monde et, pour M. Driscoll et nombre de ses confrères, il serait plus judicieux de s'intéresser à ceux conservés en dehors de Copenhague. L'université, qui coopère étroitement avec Reykjavik, a entièrement numérisé les oeuvres qu'elle met à la disponibilité des chercheurs, fait valoir l'universitaire. "Ce ne sont pas des objets qui ont été obtenus illégalement ou volés. Arni était le propriétaire de ses manuscrits, qu'il avait soit reçus soit achetés et il les a légués tout à fait légalement à l'Université de Copenhague", plaide-t-il.

Même en Islande le transfert des textes ne va pas de soi. "Je suis tout à fait d'accord avec la ministre sur la nécessité de rendre l'héritage culturel visible pour les générations futures mais je crois qu'on peut faire ça en collaboration avec l'Arnamagnæan Institute à Copenhague", explique Haraldur Bernhardsson, professeur d'études médiévales à l'Université d'Islande.

Car pour la communauté universitaire, rassembler toutes les oeuvres islandaises à Reykjavik nuirait à la recherche sur la philologie nordique en réduisant de facto le nombre des personnes les étudiant. "Si on tient vraiment à réclamer des manuscrits islandais conservés à l'étranger, qu'on donne la priorité à ceux qui ne sont pas étudiés, ce qui n'est clairement pas le cas avec la collection d'Arni Magnusson", estime Haraldur Bernhardsson.

La ministre islandaise et son homologue danoise chargée de l'Enseignement supérieur, Ane Halsboe-Jorgensen, ont mis en place un groupe de travail pour tenter de mettre fin à la discorde.

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Le Repaire d'ASGEÏR et Let's Dream Entertainment

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