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Norvège - Les bateaux vikings du musée d'Oslo, un sauvetage impossible?

Le jour même de l'annonce concernant la découverte d'un nouveau bateau tombe dans le comté d'Østfold, le musée des Bateaux vikings a tiré la sonnette d'alarme. 

Ces dernières années, le musée, conçu pour accueillir seulement 40 000 visiteurs annuels, en a reçu plus d’un demi-million. "Les dommages sont le début de quelque chose qui ne fait qu'empirer", a déclaré Jan Bill, professeur et co-responsable du musée d'Histoire culturelle. Le manque d’argent dédié à la conservation a hélas des conséquences irréversibles pour les navires vikings.

01.11.2018 - Le Musée des Bateaux vikings tire la sonnette d'alarme

"C’est évidemment le sujet de discussion du jour", a confié Ellen Marie Næss, archéologue et chargée de cours à l'université, qui participe à l'animation du musée des Bateaux vikings, au sujet de la découverte du bateau tombe sur le site de Jellhaugen. Mais elle n'espère pas pour autant que le musée accueille ce nouveau bateau dans ses collections. "Les conditions de conservation sont probablement meilleures sous terre qu'ici", a-t-elle ajouté.

Au musée des Bateaux vikings,  les navires sont exposés à de grandes fluctuations de température et d'humidité. De plus, des vibrations ont été enregistrées dans le sol et la structure de support autour des navires exerce des points de tension inégales qui provoquent l’éclatement des panneaux. La poussière est une menace importante aussi car, soulevée par les nombreux visiteurs, dans un espace trop réduit à la ventilation insuffisante, elle se dépose en quantité sur les navires. Et le nettoyage de ces derniers contribue de manière significative à leur dégradation.

 

Plus de subventions pour la conservation des bateaux

Norvège - Jan Bill montre les dommages subis par les bateaux vikings au musée d'Oslo - Photo: Aksel Kjær VidneJan Bill se dit très préoccupé par l'état des bateaux vikings, vieux de 1200 ans, et leurs conditions de conservation dans l'actuel musée. Depuis le début, en 2014, il suit de près le projet du nouveau musée consacré aux Vikings, dont les travaux sont toujours en cours. Le choc a donc été grand lorsque le gouvernement a présenté sa proposition de budget début octobre 2018.

Aucun budget alloué à l'achèvement du musée, ni à l’effort de conservation des bateaux.

Le musée a effectué de nombreuses mesures sur le bateau d'Oseberg ces dernières années pour mieux comprendre l'état dans lequel il se trouve. Sur la base de cette étude, le musée a revu à la hausse le niveau de danger que représente l'état de détérioration du fameux bateau.

"Nous prenons les mesures nécessaires lorsque nous le jugeons nécessaire, comme pour la structure de support ajoutée sous la proue du bateau de Gokstad", a expliqué Jan Bill en montrant de grandes fissures dans le bois du tout aussi célèbre bateau. Le poids de la proue a fait s'écarter les planches à clins. "Mais le plus grand défi pour nous est de trouver une solution à long terme. Cela suppose que nous rassemblions beaucoup de connaissances sur les navires tels qu'ils sont maintenant, afin de trouver ce dont ils ont besoin. C'est cette démarche qui s'est arrêtée parce que nous n'avons plus les ressources pour la mettre en œuvre."

 

Des vibrations dans le sol

Les employés du musée lancent un avertissement sur la situation financière, qui non seulement met un coup d'arrêt aux travaux d'aggrandissement du musée, mais empêche le travail de recherche sur ce que les navires peuvent supporter et la façon dont ils peuvent être exposés sans risque de désagrégation.

"Il va y avoir des changements dans tout le travail que nous menons. Nous risquons de nous retrouver dans la situation où, lorsque le musée sera terminé, nous n'aurons pas été assez loin dans la compréhension de ce que les navires ont enduré, et le nouveau système de support dont ils ont besoin", a précisé Jan Bill.

Alors qu'une classe d'école écoute le guide raconter l'histoire des bateaux et se déplace autour, Jan Bill explique un phénomène qui se produit sans que les touristes ne s'en aperçoivent. Tous les visiteurs qui passent devant les navires les font littéralement bouger. "Quand un groupe de personnes passe devant la poupe, le sol se courbe tellement que les supports s'enfoncent légèrement." 

Le sol est pourtant recouvert de solides dalles en pierre. "Cela a l'air très solide, mais en réalité ce n'est pas le cas. Le navire repose à proprement parler sur un sol rocheux. Il y a des vibrations tout le temps, comme nous avons pu le constater lorsque nous avons mesuré leur impact sur le navire. Ce n'est pas bon du tout."

 

Des fissures visibles à l'œil nu

Le climat à l'intérieur du musée, température et taux d'humidité, ajouté à la fragilité des matériaux qui composent les navires, pose un autre problème de conservation. Bien que les planches à clins du VIIIème siècle semblent pleines, elles sont faites en réalité de nombreux fragments. La dernière mesure des dimensions du navire Oseberg a révélé que celles-ci avaient augmenté de 1,5 à 2 millimètres en plusieurs endroits, en à peine 6 ans seulement.

Le musée n'a pas pu procéder à des mesures aussi systématiques qu'il l'aurait souhaiter pour déterminer si cela pouvait être dû à des variations saisonnières liées au climat. Mais si c'est le cas, alors il y a urgence. "Vous pouvez imaginer ce que cela signifie s'il continue à ce rythme pendant 10 à 15 ans", a mis en garde Jan Bill.

Il explique que lorsque la gravité agit avec le temps sur les matériaux fragiles, ceux-ci se plient et des tensions apparaissent dans les planches. N'importe qui peut observer une grande partie de ce phénomène s'il sait ce qu'il recherche. À plusieurs endroits sur le navire d'Oseberg, des planches se sont affaissées entre les supports. Sur le navire de Gokstad, qui devait être étayé cet été, il apparaît clairement que le navire a subi des dommages.

"Le navire est comme suspendu sur des supports peu nombreux. La proue est tout bonnement sur le point de s'écrouler. Cela va lentement, bien sûr, mais cela peut se voir aux grandes fissures qui se trouvent ici, a-t-il dit en désignant des fentes si importantes qu'il est possible de voir à travers le bois. "Ce sont des fissures dues au fait que le navire change de forme et que sa proue est en train de s'effondrer. Quand une telle fente s'ouvre, les points de maintien ne fonctionnent plus et il ne se passe plus rien. Cela signifie simplement que les masses se sont déplacées. Les dommages sont le début de quelque chose qui ne fait qu'empirer. Il en va de même sur Oseberg où nous avons constaté qu’une partie s'est disloquée d'un coup. Nous ne savons pas quand cela est arrivé, mais c'est un signe que les tensions dans le bois sont devenues si grandes que cela a bien eu lieu. Cela ne devrait plus arriver avec ce que nous savons."

 

Une matière organique fragile

Jan Bill pense qu'il doit exister d'autres manières d'exposer les bateaux afin qu'ils puissent être mieux conservés pour l'avenir. "Tout d’abord, nous devons écarter l’idée initiale des supports: nous avons un navire entier que nous soutenons sur certains points et le navire repose en fait  sur lui-même. Il s'agit de bateaux en bois, qui seront de plus en plus fragiles, car c'est inéluctable avec de la matière organique. Mais nous pouvons nous assurer que cela avance le plus lentement possible. Afin de ralentir les dommages, il faut également mettre un terme aux vibrations venant du sol qui se transmettent aux bateaux", dit Bill.

En outre, il est aussi crucial que l'athmosphère autour des navires soit contrôlée afin que les fluctuations d'humidité ne soient plus aussi amples qu'aujourd'hui. "Si nous parvenons à réaliser cela, ils se porteront bien pendant des centaines d'années, mais si nous échouons, cela ne fera qu'empirer."

 

Fermer le musée serait un désastre

Iselin Nybø, ministre des Sciences et de l'Enseignement supérieur, a déclaré que le gouvernement portait la plus grande attention à la conservation des bateaux vikings. Elle assure que son ministère est bien conscient des défis liés à la sécurité et à la conservation des bateaux comme des autres objets de l'Âge Viking. Mais au sujet du financement, le gouvernement reviendra plus tard sur la question des budgets.

Le directeur du musée d'Histoire culturelle, Håkon Glørstad, et le vice-président de l'université d'Oslo, Gro Bjørnerud Mo, en tant que responsables du musée des Bateaux vikings, ont averti tous deux que le musée pourrait devoir fermer ses portes dans le but de sécuriser les navires. Ellen Marie Næss a ajouté que les employés du musée avaient été tout aussi choqués par cette déclaration, mais qu'elle ne voulait pas que le musée soit fermé, et ce même si les bateaux étaient soumis à des dégradations. "Fermer le musée afin qu'il ne soit plus accessible au grand public serait un désastre", selon elle.

"Enquêter sur l’Histoire, en parler et montrer ce qu'elle est, nous apporte quelque chose, à nous qui vivons maintenant. Cette Histoire ne fait pas seulement partie de l'Histoire culturelle norvégienne, mais de l'Histoire culturelle du monde. Si nous ne pouvons pas le faire auprès des écoliers, par exemple, ce sera une Histoire morte", poursuit Ellen Marie Næss, pour qui il faut faire quelque chose avec les installations déjà existantes et obtenir l’aide de Jan Bill: "Les politiciens auront toujours comme ligne conduite de faire en sorte que le public puisse accéder à ces choses étonnantes, mais sans vouloir en supporter le coût."

17.01.2019 - Les travaux de l'extension du musée de l'Âge Viking approuvés par l'État

Le feu vert a été donné le jeudi 17 Janvier pour la construction du nouveau musée de l'Âge Viking à Bygdøy, la péninsule qui abrite les musées les plus visités d'Oslo, par les quatre partis, les conservateurs, la Gauche, le Parti du Progrès et le Parti populaire Chrétien.

Norvège - Maquette de l'extension du nouveau musée de l'Âge Viking dans les sous-sols du musée actuel, où des étais stabilisent le bâtiment et amortissent les vibrations - Photo: MLe recteur de l’UiO [l'Université d'Oslo], Svein Stølen, est non seulement heureux mais également soulagé. En effet, lorsque le projet du musée de l'Âge Viking n'était pas apparu dans le budget de l'Etat adopté avant Noël pour 2019, la déception de l'université avait été immense. 

"Cela a fait passer beaucoup de nuits blanches aux gens de l'UiO. Nous sommes maintenant dans une nouvelle phase. C'est important pour la culture nationale, la connaissance de la Norvège et pour l'Université d'Oslo"a déclaré Svein Stølen.

L’UiO, responsable de l'exposition des bateaux vikings, avait tiré la sonnette d'alarme l’automne dernier après que des dommages aient été étudiés à la fois sur les navires de Gokstad et d'Oseberg, mettant en lumière le risque que les navires finissent par s'effondrer sur eux-mêmes si leur conservation n’était pas renforcée.

La nouvelle extension de 9 000 m² de l'actuel musée qui constituera le nouveau Musée de l’Âge Viking disposera d’un système de sécurité et de climatisation très sophistiqué contrôlant la température, l’humidité, la poussière et les vibrations, ainsi que le soutien et le soulagement des navires. IL devrait donc permettre d'exposer dans de meilleures conditions les célèbres bateaux, garantissant de la sorte leur longévité pour les générations futures.

02.09.2019 - 3,5 millions d'euros alloués aux travaux du Musée de l'Âge Viking

Malgré l'approbation en 2019 des plans de construction du nouveau Musée de l'Âge Viking, aucune subvention n'avait été allouée par l'État. C'est désormais chose faite avec un budget dédié de 3,5 millions d'euros pour 2020. 

Norvège - Projet du nouveau Musée de l'Âge Viking - Image: UiOCes derniers jours se déroulaient les discussions budgétaires du gouvernement afin de préparer le budget de l'État 2020. Un budget qui sera présenté officiellement le 7 octobre.

Après des travaux de conservation des navires vikings interrompus en 2018 faute de moyens financiers, Svein Stølen, le recteur de l'université d'Oslo, a déclaré qu'il attendait beaucoup du gouvernement sur l'octroi d'une subvention permettant de démarrer enfin la construction du nouveau musée.

En effet, au printemps 2019, le musée d'Histoire culturelle a scanné en 3D l'ensemble du navire de Gokstad. Les résultats ont été comparés à une analyse similaire réalisée en 2013 et ont montré une évolution inquiétante au cours des 5 dernières années. Plusieurs mesures urgentes, dont l'installation de nouveaux supports à l'avant et à l'arrière du navire de Gokstad en 2018 et 2019, ont été mises en oeuvre pour sécuriser temporairement les navires mais elles n'ont fait que déplacer les problèmes sans les résoudre.

Les changements, sur Gokstad comme sur Oseberg, se traduisent par l'observation à la fois de nouvelles moisissures et de nouvelles fissures dues au niveau de contraintes exercées sur la structure des navires qui dépassent la tolérance des matériaux. Un problème qui reste à imputer au nombre insuffisant de supports des navires.

Seul un nouveau bâtiment pourrait assurer la réelle conservation des célèbres navires, selon Svein Stølen: "Le monde entier a réagi lorsque l'Etat islamique a détruit les antiques monuments de Palmyre et lorsque Notre Dame a brûlé, il réagira si les navires vikings s'effondrent. La grande différence est que nous savons comment faire pour l’empêcher. Maintenant, je m'attends à ce que le gouvernement traduise les mots en actes."

La nouvelle tant attendue est tombée aujourd'hui même, à l'occasion du 20ème anniversaire de l'Université: le gouvernement a mis 35 millions de couronnes sur la table, soit environ 3,5 millions d'euros, pour commencer la construction du nouveau musée. "C’est un jour heureux pour les navires vikings" ont déclaré ensemble le recteur Svein Stølen et le directeur du musée d'Histoire culturelle, Håkon Glørstad.

La ministre de la Culture, Trine Skei Grande, et la ministre de la Recherche, Iselin Nybø, ont présenté à l'occasion de cette conférence de presse les plans du futur musée.

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Commentaires

  • Stéphane FAUVEL
    • 1. Stéphane FAUVEL Le 29/03/2020
    J'ai visité ce superbe musée en mars 2016. L'émotion ressentie face à ce navire est indescriptible. Presque 1200 ans d'histoire devant moi.